"C'est en vain que tu rêves, ô poétesse
mienne, entre un matin et un soir, sans répit,
à ce qu'est cette existence.
C'est en vain que tu demandes
pourquoi le secret n'est pas dévoilé,
pourquoi l'on ne t'accorde pas
le don de briser les chaînes.
A l'ombre du saule, tu as passé
tes heures dans la perplexité,
sous les coups douloureux
que t'infligeaient ces énigmes,
questionnant l'ombre,
alors que l'obscurité ne sait rien
et que les destinées connaissent
tout ce qu'elle ignore.
Tu regardes toujours l'horizon
anonyme, perplexe. Ce qui est caché
s'est-il jamais manifesté un jour ?
Tu questionnes toujours, et la destinée
moqueuse est un silence
hermétiquement clos,
un silence sans fin.
(...)
Où sont-ils à présent
ceux qui hier encore se trouvaient près de nous ?
Comment, ô siècle, tant d'espoirs
s'éteignent-ils entre tes paupières
et tous ces rêves évanouis ?
Comment les coeurs se fanent-ils,
alors qu'ils sont lumière,
et comment l'obscurité vit-elle,
alors qu'elle est obscurité ?
Comment les ronces persistent-elles,
et les fleurs séduisantes,
qui leur a appris à flétrir
sous l'étreinte de temps ?
Comment les chansons voguent-elles
vers la mort, alors que reste vivante
la ritournelle moqueuse du destin ?
Je suis toujours assise
sur ma dune de sable
dont le silence prête l'oreille
aux chansons du jour précédent.
Je ne cesse d'être une petite fille,
à ceci près que chaque jour d'avantage
m'échappe le sens de la vie
et jusqu'au sens de moi-même."

Nazik al-Mala'ika

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